LA VIANDE PRODUIT DE GRANDE CONSOMMATION

jeudi 16 avril 2015
par cuisinerdomicile
popularité : 9%

La pratique se veut discrète , mais une grande partie des viandes sortant des abattoirs français sont conformes aux préceptes religieux et vendues sans mention spécifique.

« Le système est très opaque », accuse Frédéric Freund, directeur de l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoir (OABA) qui milite pour le droit animal. Sur le papier, les choses semblent pourtant claires : la règlementation européenne qui impose l’étourdissement de l’animal avant son abattage autorise des dérogations pour obéir aux rites juifs et musulmans. Ceux-ci stipulent en effet que l’animal ne peut être blessé et donc étourdi avant d’être égorgé. Autre obligation : cet abattage doit être accompli par un sacrificateur agréé pour que la viande soit halal. Dans les faits, cette distinction n’est pourtant pas si nette. « Plus de chance de manger halal que non-halal »

Une enquête menée par les directions départementales des services vétérinaires de Basse et Haute-Normandie conclut qu’une part significative de bêtes abattues selon un rituel religieux entre dans le circuit classique de commercialisation, sans mention particulière. Cette proportion varie de 0 à 60% selon les abattoirs pour la production halal et celle-ci est même supérieure à 70% pour la production kascher (destinée aux consommateurs juifs). L’OABA a mené en 2006 et 2007 une enquête auprès de 225 établissements. Les résultats détonnent : 28% des bovins, 43% des veaux et 62% des ovins et caprins ont été occis selon un rite religieux. Des proportions bien supérieures aux consommations des juifs et musulmans, preuve que ces produits sont réinjectés dans les étals classiques de la grande distribution. « Les groupes agro-alimentaires peuvent ainsi disposer d’une seule chaîne de production au lieu de deux », décrypte Fateh Kimouche, fondateur du portail Al-Kanz. « L’abattage halal est tellement peu différent de l’abattage conventionnel qu’il s’est généralisé, en particulier pour les ovins. Aussi le consommateur lambda a-t-il plus de chance d’acheter dans certains supermarchés du mouton halal non étiqueté comme tel », explique Florence Blackler, sociologue. Une situation choquante pour l’OABA qui réclame une meilleure traçabilité des produits. « L’industrie agro-alimentaire doit assumer ses choix : les étiquettes de ces articles devraient porter une mention spécifique pour ne pas cristalliser les ressentiments », enjoint aussi Fateh Kimouche. L’OABA propose aux abattoirs d’insensibiliser les bêtes tout de suite après leur égorgement, ce qui pourrait satisfaire des consommateurs juifs, musulmans et athées. « Beaucoup de viandes prétendument halal n’en sont pas »

La production halal est aussi victime de ces pratiques douteuses. Notamment parce que la filière souffre d’une absence de certification au-dessus de tout soupçon. « Beaucoup de viandes prétendument halal n’en sont pas », affirme Fateh Kimouche. Le tribunal correctionnel d’Arras a par exemple condamné en 2007 l’entreprise « Aux collines de l’Artois » qui a commercialisé pendant près de quatre ans des merguez certifiées halal qui contenaient du porc. Quand ce n’est pas le caractère licite du bien qui est incriminé, c’est sa qualité qui peut être mise en doute. « Pour les ovins comme pour les bovins, ce marché constitue une voie de dégagement : ce qui n’est pas vendu sur le marché classique est réorienté vers les circuits halal », affirme une étude de l’OABA. Ce n’est pas le mode d’abattage qui est ici suspect car conforme aux principes islamiques. Sont visés l’élevage des animaux susceptibles d’avoir été nourris par des farines animales et donc de porcs ou encore la qualité des produits. Selon l’OABA, celle-ci est particulièrement à la baisse lors des périodes de pénurie de viande.

source le figaro economie


Commentaires